Alexis de Broca

Son Grand-père
Dans son enfance il a pu souvent être inspiré par un personnage qui avait vécu toute sa vie au gré de sa fantaisie sans contrainte sociale et financière : c'était son grand-père paternel Alexis de Broca
  • Françoise, Philippe de Alexis de Broca

    Françoise, Philippe et Alexis

  • Françoise, Philippe de Alexis de Broca

    Françoise, Philippe et Alexis

  • Françoise, Philippe de Alexis de Broca

  • Alexis de Broca

    Alexis dessinant sur l'ile d'arz

  • Alexis de Broca

Pour donner du rêve aux autres il faut savoir rêver soi-même et rien n’est plus indispensable que de côtoyer des gens qui savent faire rêver les autres.

Dans tous les films de mon frère, il y a eu une part de rêve.

Dans son enfance il a pu souvent être inspiré par un personnage qui avait vécu toute sa vie au gré de sa fantaisie sans contrainte sociale et financière : c’était son grand-père paternel Alexis de Broca. Fils d’un officier de marine sévère et inventeur à ses heures, Alexis de Broca avait fait les Beaux-Arts et réussit toute sa vie à en vivre : fantaisiste, il vivait à Nantes et sur la côte bretonne durant la belle saison, parcourant l’Afrique du Nord, l’Espagne et l’Italie durant la mauvaise ; il en revenait avec des tableaux : des paysages, des scènes de la vie quotidienne ; l’orientalisme étant à la mode, ces tableaux se vendaient très bien lors de ces expositions en France. Il avait été reçu à la cour de la reine Ravanalo à Madagascar, chez le roi du Maroc, chez le maréchal Lyautey, chez le bey de Tunis et en dehors des portraits de ces grandes figures du colonialisme, il en revenait avec des récits qui ravissaient ses petits-enfants et avec mille objets dignes des milles et une nuit. Sa maison de Nantes possédait une pièce de très grande surface sur 8 m de hauteur entièrement meublée à l’arabe, nous, les petits-enfants on couchait dans des lits parfaitement inconfortables mais dans lesquels Philippe rêvait déjà bien des scènes de ses futurs films. Il est du reste curieux de constater qu’il n’a jamais beaucoup vécu avec ce grand-père mort quand il avait 15 ans. On n’habitait pas dans la même ville et à cette époque on ne circulait pas aussi fréquemment ; il venait faire un séjour à Paris, pour s’imprégner de l’air parisien, de temps en temps quelques jours, il descendait dans un hôtel rue Jacob, près de chez nous; quand on partait en vacances en Bretagne, on s’arrêtait quelques jours chez lui à Nantes.

Cependant, il a influencé au point de lui avoir légué certaines de ses habitudes dont sa façon de voyager. Quand on a voyagé avec Philippe sur des lieux de tournage dans le désert on a vécu des campements sous la tente ou par la magie de ses mises en scène, il nous faisait vivre des aventures : à peine la tente montée, il fallait aller cueillir trois brins d’une misérable végétation mais qui, mis dans un vase, surmonté d’un joli miroir accroché à une couverture marocaine bariolée nous permettait de savourer, dans un ravissant cadre, un délicieux repas cuisiné sur un feu de fortune, et cela me rappelait notre grand-père, emportant pour déjeuner dans le train, en partance de sa Bretagne, des huîtres et des artichauts vinaigrette.

Tous deux détestaient séjourner dans un hôtel et sitôt arrivés dans un endroit, ils louaient une maison où ils recréaient autant que possible leur mode de vie.

Dans beaucoup des films de Philippe de Broca on retrouve l’ambiance de la maison d’Alexis : dans « le Jardin des Plantes » le personnage de la femme de Claude Rich ressemble physiquement à cette grand-mère Jeanne qui avait été la troisième femme de notre grand-père tellement aux petits soins pour lui, elle poussant l’amour jusqu’à maudire la dernière maîtresse de 27 ans qui venaient d’abandonner son vieil amant de 74 ans qui n’avait plus que sa fidèle épouse pour le consoler. Évidemment Philippe a dû chercher toute sa vie une femme capable de la même dévotion ! Dans « Le Farceur » beaucoup de scènes rappellent aussi des préceptes énoncés par son grand-père, et repris par l’acteur Palau, un vieil original comme lui.

J’ai retrouvé une ambiance, des préceptes, des situations qui me rappelaient des scènes de famille.

Pour Philippe voir dessiner du matin au soir était une chose naturelle. Son grand père le faisait car s’il vivait au gré de sa fantaisie s’était aussi laborieusement ; on le voyait par tous les temps partir avec tout son matériel de peintre sur son vélo et travailler en plein air pour retravailler ses grands formats dans son atelier. Son carnet de croquis l’accompagnait, sur une plage, assis dans sa maison, devant un beau paysage. Ce goût de la vie en plein air et de la nature, Philippe l’avait aussi acquis en faisant du scoutisme ce qui lui avait appris à se débrouiller en toutes circonstances.

Enfant, il avait été atteint d’un eczéma infecté aux mains et il ne devait pas jouer au jeu de garçon trop violent de peur de se blesser. Il vivait beaucoup parmi les livres, ayant toute la collection des grands livres d’histoire sur les rois de France, il dessinait tous les personnages sur des cartons qu’il découpait en figurines, pour mettre en scène de grands spectacles historiques représentant le sacre de Napoléon ou l’enterrement de Louis XIV. Régulièrement le salon de nos parents était pour quelques jours le centre des grandes épopées historiques.

Ce métier de metteur en scène s’est déclaré chez lui très jeune et sa vocation n’a jamais changé. Enfant, il s’était juré qu’il ne serait peut-être que le balayeur dans un studio de cinéma mais qu’il travaillerait dans le cinéma ; il faut dire que, pendant la guerre à Paris il n’y avait pas beaucoup de distractions et nos parents étant des spectateurs assidus nous emmenaient avec eux. Ils ne nous laissaient jamais seuls à la maison de peur d’une alerte…

Témoignage de sa sœur Françoise