Philippe de Broca et Michel Audiard

Interview | 14.03.2016
Quand on pense à Michel Audiard, on l’associe tout de suite à ses collaborations avec des cinéastes comme Georges Lautner, Gilles Grangier ou Henri Verneuil. Il faut dire que dans les années 50-60, il a beaucoup travaillé avec eux, signant ainsi quatorze films avec Grangier ou Lautner au fil des années. Et pourtant, il ne […]

Quand on pense à Michel Audiard, on l’associe tout de suite à ses collaborations avec des cinéastes comme Georges Lautner, Gilles Grangier ou Henri Verneuil. Il faut dire que dans les années 50-60, il a beaucoup travaillé avec eux, signant ainsi quatorze films avec Grangier ou Lautner au fil des années.

Et pourtant, il ne faudrait pas minimiser la collaboration qu’il a eu avec Philippe de Broca sur quatre films dans le seconde partie des années 70.
Ils travaillent pour la première fois ensemble sur L’Incorrigible, en 1975, avec Jean-Paul Belmondo, et dont Michel Audiard est un fréquent dialoguiste. Mais ce travail d’écriture se fait dans un contexte tragique comme le racontera plus tard Philippe de Broca ¹ : « La première fois que j’ai travaillé avec lui, c’était la veille de la mort de son fils, François, qui s’est tué en voiture. On commençait à écrire un film qui deviendra L’Incorrigible avec Belmondo. Je travaille avec lui le soir, et le lendemain matin, il est appelé par la gendarmerie et il apprend que son fils est mort. J’étais dans cette famille, chez lui à Dourdan. J’étais davantage gêné que bouleversé. Je ne connaissais pratiquement pas son fils. Je me sentais comme un intrus là-dedans. Je lui dis que je le rappelle lundi ou mardi, c’était un samedi matin. Il m’a mis la main sur le bras, il m’a dit : « non, bouge pas, on déjeune et on travaille ». Et on a travaillé sans relâche pendant trois semaines sur le scénario. Il ne m’a rien montré. Puis un an ou deux ans après, je lis ce livre son livre La nuit, le jour et toutes les autres nuits, sur la mort d’un fils. Il avait tout caché comme ça. C’était un homme qui avait une série de masques. »

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Les deux hommes travailleront ensuite sur Tendre Poulet (1977), Le Cavaleur (1978) et On a volé la cuisse de Jupiter (1979). À l’occasion de la sortie de Tendre Poulet, Michel Audiard s’était entretenu avec le journaliste André Halimi sur son travail avec Philippe de Broca : « On s’entend bien, on avait déjà fait L’Incorrigible avec Belmondo. On s’entend bien, on travaille très vite. On ne met guère plus d’un mois à écrire un film parce qu’on rit des mêmes choses. C’est tout de même très important dans la vie quand on travaille ensemble. On ricane des mêmes choses plus exactement. Cette idée de faire un film de flics, sur le moment, j’ai bien compris que ça n’allait pas rester sérieux très longtemps avec Philippe. C’est pas pensable un instant. Je crois que le travail commun exige cette espèce de connivence parce quelquefois, vous êtes obligés de rentrer dans l’univers du metteur en scène, et c’est quand même un effort, pour un résultat pas toujours probant. Alors que quand on a la même façon de voir… Moi j’aime beaucoup travaillé avec de Broca. »

Une partie de cette interview est incluse dans les bonus du dvd/Blu-Ray du Cavaleur, édité par TF1 Vidéo.

1. Le documentaire Michel Audiard et le Mystère du triangle des Bermudes. 2002. Disponible en dvd chez Gaumont Vidéo.