Philippe de Broca et l’Afrique

Interview | 11.11.2016
En 1983, lorsqu’il fait la promotion de L’Africain, Philippe de Broca revient sur sa passion pour le continent africain, la préservation des espèces menacées et le futur projet de Chouans. Je suis incapable de m’intéresser à un personnage que je n’aime pas, ce n’est pas par goût mais par dégoût. Je ne sais pas être […]
Catherine Deneuve et Philippe Noiret dans L'Africain de Philippe de Broca

En 1983, lorsqu’il fait la promotion de L’Africain, Philippe de Broca revient sur sa passion pour le continent africain, la préservation des espèces menacées et le futur projet de Chouans.

Je suis incapable de m’intéresser à un personnage que je n’aime pas, ce n’est pas par goût mais par dégoût. Je ne sais pas être satirique ni m’acharner sur le mauvais. Pourrais-je faire une comédie écologique, pourquoi pas ? C’est rare. Le sujet est plutôt grave. D’ailleurs tous mes scénarios sont le plus souvent sérieux tant qu’ils sont en gestation et au fur et à mesure qu’ils sont un film je ne sais pas comment ils deviennent drôles mais, c’est plus fort que moi, je désamorce la tristesse, la peur. Ça me vient tout seul.
Je veux bien essayer d’être moins gentil mais je vais surtout vers ce qui m’est le plus facile.
La notion du voyage, je l’ai dans la peau. Généralement, je me plonge dans des atlas, je me penche sur des mappemondes, des dictionnaires et des albums-photo et je choisis un point du globe. Paradoxalement, moins je le connais plus c’est facile de laisser courir mon rêve. Quand on veut raconter une histoire à ma façon, il est dangereux de pénétrer trop loin dans un pays. L’Afrique, justement je connais très bien et j’ai hésité longtemps avant d’y retourner. C’est un continent fascinant et tragique. Ce n’est peut-être pas très honnête de montrer une jungle de rêve (au Kenya, le foisonnement de paysages riches et de parcs naturels pour les animaux permet le plus beau spectacle). Mais ma philosophie, je n’en ai aucune d’ailleurs, c’est de faire des films faciles, ce qui n’est pas si facile. Je suis très sceptique sur les grands mouvements socio-politiques. Pourtant la défense de sa planète, c’est un soucis qu’on a tous au fond du cœur. Je suis membre d’une société internationale pour la défense des bêtes en voie d’extinction, comme les éléphants ou les rhinocéros. J’ai rencontré des gens étonnants qui consacrent leur vie à ça. Dans un prochain film, je parlerai d’eux, de ces émigrés installés loin, décalés dans le temps et l’espace, qui trimballent leur civilisation à l’autre bout du monde sans l’imposer. Ce en quoi ils ne sont pas des pionniers mais une race élitaire, un peu comme les personnages du Diable par la queue, ces aristocrates dans un château en ruines qui sauvent leurs traditions avec une formidable tolérance et une grande noblesse de caractère. J’irai peut-être faire ce film en Insulinde, quelque part entre Java et Bali ; toujours Conrad qui m’entraîne.
J’ai un autre projet, sédentaire celui-là ; sous la Révolution française, dans l’Ouest, je voudrais évoquer la nostalgie du XVIIIème siècle dont parlait Talleyrand et les nouveaux encyclopédistes qui traversent la guerre civile. Mais que j’aille à Bali, en Vendée, ou en Bretagne, que je tente d’être moins gentil, je crois qu’on ne tourne jamais qu’autour de son trou. Je reviendrai toujours vers les choses que je sais faire. Pour certains, cela s’appelle des tics, pour d’autres, c’est un style.