Les Tribulations d’un chinois en Chine : Journal de bord – Première partie

Interview | 9.06.2016
Au début de l’année 1965, Philippe de Broca est en Asie pour le tournage des Tribulations d’un chinois en Chine. Il est accompagné dans ce voyage par sa femme, Michèle, future productrice du Roi de cœur et de César et Rosalie. Elle tient un journal de bord qui sera publié dans un grand hebdomadaire de […]

Au début de l’année 1965, Philippe de Broca est en Asie pour le tournage des Tribulations d’un chinois en Chine. Il est accompagné dans ce voyage par sa femme, Michèle, future productrice du Roi de cœur et de César et Rosalie.
Elle tient un journal de bord qui sera publié dans un grand hebdomadaire de l’époque et dont les pages ont récemment été retrouvées… Elles sont reproduites ici avec l’autorisation de Michèle de Broca.

Première partie : l’arrivée au Népal

 

Samedi 26 décembre 1964

Adieu Paris. Valises bourrées de jambon, saucisson, camembert, etc, je pars avec quatre personnes de l’équipe et tout le matériel.

dimanche 27 décembre 1964

Arrêt à Dehli. L’Avion qui devait nous emmener à Katmandu n’a pas pu décoller en raison de la brume. Ce sera pour demain. Première visite de l’Inde. La lenteur et la majesté des gestes. Les saris de toutes couleurs et les turbans impeccables des hommes. La grande mosquée colossale où nous, Européens, errons en chaussettes, pour la grande joie des enfants du pays. Des bâtiments rouges, des vols de perroquets, des cottages très anglais, les vaches dans les rues, c’est à la fois irritant et merveilleux.

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Michèle et Philippe de Broca à leur arrivée au Népal

 

lundi 28 décembre 1964

Arrivés enfin ! Salués par toute l’équipe : Philippe de Broca, Alexandre Mnouchkine, Edmond Séchan, J.P Schwartz, Gil Delamare, François de Lamothe, Dick Oberbtreet, Claude Pinoteau, Philippe Modave. Il y a aussi Boris, personnalité marquante du Népal, propriétaire de l’Hôtel Royal où nous logeons. Russe, ancien danseur de ballets russes, il connaît tout le monde et tout le monde le connaît. Parle admirablement six langues. Jovial, trépignant, pleurant, c’est le russe, le charmeur slave tel que le français l’imagine toujours. Marié à une ravissante danoise et grand conteur d’histoires merveilleuses. Dernier aventurier de la série des Kessel et autres.
Déballage du matériel. Retrouvailles, l’hôtel est un grand palais blanc de style victorien avec des tapisseries et des chambres énormes et une salle de réception décorée de portraits de tous les derniers princes du Népal. Dans le parc, des ours, des dindons, des tibétains et des musiciens. Des gens de toutes catégories, touristes, journalistes et autres.

Philippe me fait visiter la ville et je suis happée tout à coup par l’Orient.

La rue. Tout vit dans la rue, les gens, les animaux, les dieux même. Tous les vingt mètres, un temple, un autel de pierre, une statue représentant un dieu bouddhiste. Les temples à plusieurs toits, en pagode, les poutres en bois sculptées, les fenêtres de bois noir à croisillons, des échoppes ouvertes sur la rue, où les commerçants attendent le client, assis en tailleur, fumant et bavardant. Le temps qui n’a plus d’importance, les montagnes d’objets en cuivre destinés à la cuisine, chaudrons, cruches à eau d’une beauté très simple. Les enfant nous suivent dans la rue, tout excités par n’importe quel spectacle nouveau (et les touristes sont encore une nouveauté ici). Les taxis, vieilles voitures, qui klaxonnent sans arrêt et prennent bien garde aux vaches sacrées. On peut ici renverser un piéton sans trop d’ennuis, mais gare à qui blessera une vache. Nous somme au dix-huitième siècle.

Mardi 29 décembre 1964

Grosse matinée pour tout le monde. Je fais connaissance avec les boys de l’étage. Pour dire oui, ils secouent la tête de gauche à droite et il nous faudra plusieurs jours pour nous habituer à cette manière d’acquiescer, purement népalaise. Mais le salut asiatique est très joli : les deux mains jointes à la hauteur du visage – pas de serrement de main – juste ce salut accompagné d’un mot : « Hamasti » veut dire aussi bien « bienvenue », « Dieu vous garde », « Merci », etc…

Nous filons à Patan où auront lieu une partie des prises de vue, ville jumelle de Katmandu, de l’autre côté du fleuve. Une grande place avec l’ancien palais royal qui mérite bien son nom, des temples de pierre comme en Inde et encore des temples en briques et bois avec toits en pagode à trois ou quatre étages. De petites rues très étroites partent de cette place principale et la foule y est dense : saries de couleurs différentes selon les castes. Quelques hommes à l’avant-garde ont adopté le costume européen. La majorité porte le pantalon « jodpur » et la chemise de coton à col montant. Hommes et femmes porte,t matin et soir des couvertures bizarres sur les épaules car en dehors des heures de plein soleil, il fait froid. Les trois villes importantes : Patan, Katmandu, Bagtapur sont très proches l’une de l’autre dans une même vallée, à 1500 mètres d’altitude, à 60km environ à vol d’oiseau de la chaîne de l’Himalaya. De partout on aperçoit les hauts sommets enneigés et le ciel est très clair.
François de Lamothe, le décorateur, est sur place, à l’œuvre. Il s’agit de camoufler quelques poteaux électriques, quelques façades déparant cet ensemble. Une équipe sous la direction d’un ingénieur anglais, monte les très hautes grues qui serviront pendant le tournage. Nous rencontrons le magistrat de Patan qui aide de tout son pouvoir la production, avec beaucoup de bonne grâce. Les gens nous regardent avec curiosité mais sans manifestations extérieures et vaquant à leurs occupations. Je remarque le long bambou aux extrémités duquel sont attachés de grands plateaux. D’autres ont des hottes attachées sur le dos par une sangle qui entoure la tête. Tout ou presque se porte ainsi à dos d’homme : l’eau, les briques, la paille, le bois, les légumes, etc…
des porteurs sont retenus pour figurer dans le film et tous veulent se faire engager pour gagner quelques roupies.

Prochaine partie : le premier jour de tournage

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