Philippe Noiret à propos de « Tendre poulet »

Ce qui commence à me fatiguer un peu il faudrait que je m’en sorte, ce n’est pas tant l’image du célibataire du bon bourgeois, où l’image du type qui aime bien manger, c’est quand tout cela commence à se réunir. Cela devient vite une image un peu trop répandue qui constitue un moule, et sans […]

Ce qui commence à me fatiguer un peu il faudrait que je m’en sorte, ce n’est pas tant l’image du célibataire du bon bourgeois, où l’image du type qui aime bien manger, c’est quand tout cela commence à se réunir. Cela devient vite une image un peu trop répandue qui constitue un moule, et sans qu’on y prenne garde. Deux choses se mettent à aller de pair, et puis tout d’un coup, il y en a une troisième ; alors, ça constitue une cage ou, barreau après barreau, on vous enferme. Heureusement que les projets sont différents… D’ailleurs on n’en a pas parlé avec Philippe de Broca et si on refait un film ensemble (on a en projet un Cyrano de Bergerac) on cassera cela !

Dans le cadre des films  plus psychologiques (les films de Bertrand Tavernier par exemple) il est certain que je ne donne pas la même chose ; j’y donne vraiment une part de moi, de mon for intérieur, au point que quelquefois on se retrouve un peu infirme après. Dieu merci, ça repousse… Du moins je l’espère

J’y pense quand même souvent en me demandant si ça ne nous ampute pas malgré tout quelque part, et de façon définitive. Ce sont des films où la part de jeux disparaît presque complètement au profit d’une identification qui fait qu’on est totalement impliqué. Mais pour des films comme , on joue beaucoup plus sur le métier et le talent que sur soi-même ; de temps en temps, on base quand même cela sur soi pour donner un minimum de crédibilité, de vérité et d’épaisseur mais les choses restent du jeu. Encore que la comédie puisse être quelque chose de très épuisant si vous n’avez pas la matière nécessaire si les situations ne sont pas tout à fait justes. Tendre poulet est un film très direct : des rencontres, des souvenirs, des sentiments, une pudeur, une timidité… On peut y aller, mais on est moins concerné.